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Voyage et expatriation

Une expérience partagée d’expatriation en famille

2 avril 2019

Aujourd’hui, je suis heureuse de vous transmettre cette interview-vidéo que j’ai réalisé avec Catherine Martel, fondatrice du projet (blog et groupe facebook) Expats Parents.

Grâce aux retours d’expériences du groupe et articles du blog, et à son expérience personnelle d’expatriée pendant plus de 16 ans dans 6 pays différents avec sa famille, Catherine a répondu à mes questions notamment sur :

  • Les défis et les bénéfices précieux qu’apportent l’expatriation et la confrontation à d’autres cultures à nos enfants
  • L’équilibre à trouver entre adaptation locale et transmission de la culture et langue française
  • L’importance de la famille et des rituels familiaux même et surtout en expatriation…
  • Et son conseil pour s’épanouir en tant que « conjointe-suiveuse » toutes ces années!

Vous pouvez également retrouver les articles intéressants dont nous parlons dans l’interview sur:
expatsparents.fr
facebook.com/groups/expatsparents

Bonne écoute! Et belles découvertes!

 

Retranscription de l’interview:

Marine Broux:

Bonjour Catherine Martel, tu es fondatrice du projet « expats parents » et discuter avec toi aujourd’hui à propos de plein de sujets intéressants. Peux-tu te présenter?

 

Catherine Martel:

Je suis psychologue de  formation et ça fait pratiquement 25 ans que j’ai commencé à mener une vie d’expatriations successives avec des retours en France aussi. J’ai vécu dans plusieurs pays: en Turquie, en Roumanie, à Chypre, au Vietnam, en Autriche et depuis 18 mois à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine.

Marine:

Tu as un site et un groupe facebook qui est très actif?

 

Catherine: 

Le projet expat parents, je l’ai lancé il y a 2 ans. Mon idée à la base c’était de créer un site qui soit collaboratif, de fédérer des gens qui avaient des ressources et souhaitaient partager leurs expériences d’expatriation en famille. Je l’ai créé pour éviter que tout le monde se repose les mêmes questions ou fasse des petites recherches dans son coin et puissent se sentir seuls parfois face à certaines inquiétudes.
Donc j’ai commencé par un groupe facebook (en attendant le site), pour aussi me permettre de voir les attentes des parents expatriés et le groupe a pris une dimension que j’étais loin d’avoir soupçonnée. Aujourd’hui on est presque 10 000 sur le groupe. Sur le site, il y a plus de 35 auteurs qui écrivent régulièrement.On y trouve des ressources, des livres, des sites, des services utiles pour l’expatriation en famille.

 

Marine: 

Tu dis  qu’il y a beaucoup de questions que les expatriés se posent où les expatriés
en devenir: quelles sont les défis ou les inquiétudes qui reviennent le plus souvent?

Catherine:

Les thématiques  abordées sont diversifiées. Mais ce qui revient le plus souvent, c’est les questions de scolarité. La scolarité focalise souvent les inquiétudes des parents, notamment lorsqu’il y a un changement de système scolaire ou lorsqu’il y a un retour en France, est ce que mon enfant aura le niveau? est-ce que son cursus va être reconnu? valorisé? Comment on va maintenir le français? comment trouver la bonne école? faire le bon choix?
Ensuite il y a tout ce qui concerne les langues: l’apprentissage d’une autre langue, voire de 2 ou 3
langues en plus de la langue nationale et que l’enfant est scolarisé dans une langue qui n’est pas celle de la famille ou parfois même pas celle du pays.

 

Puis la 3ème thématique est plus d’ordre psychologique. C’est-à-dire des  difficultés d’adaptation des enfants, des parents, du conjoint qui a souvent laissé son métier pour suivre celui qui avait initié l’expatriation à l’étranger et a besoin de se réinventer, de trouver sa place .

 

Vous pouvez les retrouver sur mon site dans une vidéo d’un colloque qui s’est tenu le 28 septembre 2018  à Paris sur l’enfance et l’expatriation, sur les défis des enfants expatriés.

 

Marine:

En parlant d’adaptation, on dit souvent que les enfants ont tendance à s’adapter plus vite que les parents. Est-ce que c’est ce que tu as remarqué aussi? Et vécu?

 

Catherine:

Il n’y  pas de règle générale. Quelque soit la question, il n’y a pas de recette commune.
On a tendance à dire que les enfants s’adaptent plus vite, ce n’est pas toujours le cas.

 

Parfois c’est le cas en apparence, et on se rend compte plusieurs années après, qu’il y a des choses qui n’avaient pas été bien digérées qui ressortent.

 

Enfants jeunes:

Mais globalement, les enfants jusqu’à l’adolescence s’adaptent assez facilement, parce que pour eux, le principal c’est le noyau familial, c’est le parents. Donc l’expatriation, si on arrive à préserver cette unité familiale, qui peut souvent d’ailleurs être renforcée puisqu’on est tous unis dans un même bateau. Pour l’enfant, ses points de repère principaux sont préservés.
Les enfants vivent aussi plus intensément que nous dans le moment présent plutôt qu’en projetant les difficultés qui vont arriver. Ils n’ont pas les soucis d’organisation à venir que les parents peuvent avoir. Ils ont aussi tendance à plus facilement tourner la page avec la tranche de vie antérieure.

 

Adolescents:

J’entends aussi dire que si les parents sont contents, les enfants sont contents. C’est pas toujours si simple.
Pour les ados, c’est un peu plus dur, parce que l’expatriation leur fait un peu vivre l’inverse de ce qu’il faudrait qu’ils vivent à cet âge là: leurs paires ont beaucoup d’importance dans leur vie pour la construction de leur personnalité. Les parents s’éclipsent un peu et les ados prennent de l’indépendance. L’expatriation produit l’inverse: elle les raccroche aux parents et les coupent de leurs amis d’avant… C’est souvent une période plus délicate.

 

Marine:

Qu’est-ce que ça a apporté de bénéfique à tes enfants et aux autres expatriés de vivre à l’étranger? Et même de voyager plus que la moyenne?

 

Catherine:

Les bénéfices sont nombreux et heureusement!
Il y a eu une enquête à ce sujet, et les parents disent que les bénéfices pour leurs enfants leur paraissent majoritaires par rapport aux défis à relever.
Les principaux bénéfices sont : l’ouverture d’esprit, cela amène à découvrir d’autres façons de vivre, de penser, de se nourrir… Cela permet aussi de développer la tolérance.
Cela développe aussi des capacités d’adaptation, puisqu’il faut à chaque fois s’adapter, s’intégrer dans un nouvel environnement.
Lorsqu’il y a des difficultés et qu’on arrive à les dépasser, cela développe aussi la résilience.
Ce sont des atouts qui sont des forces dans la vie.
Les enfants expatriés aussi ont tendance à réfléchir au niveau de la planète, et plus seulement à travers leur propre pays. Ce qui se retrouve parfois au niveau de leurs études plus tard. Le monde entier leur est ouvert et ils l’intègrent dans leur réflexion et dans leurs projets.

 

Marine:

Est-ce que les expatriés ont tendance à voyager plus?

 

 

Catherine:

Quand on s’expatrie par choix, on a une forme de curiosité et on a l’envie de découvrir des nouvelles choses. Donc lorsqu’on est expatriés, on continue soit pour découvrir le pays qui nous accueille soit les pays environnants surtout si on est à l’autre bout de la planète.On se dit que c’est une opportunité qui ne se représentera pas.
Par exemple, quand on était au Vietnam, on a écumé la zone en allant découvrir les merveilles du Cambodge, de la Thaïlande, la grande Muraille de Chine, le Laos…
On avait envie de le découvrir.

 

Marine:

Lorsque vous vous voyagiez avec vos enfants jeunes, comment abordais-tu le voyage en famille?

 

Catherine:

Pas d’inquiétude particulière. On a 3 enfants, lorsqu’ils sont tout petits, cela demande une certaine logistique qui est plus importante… Mais entre 4 et 12 ans, c’est un âge où ils peuvent voyager et apprécier assez facilement. Mais l’envie de voyager reste la même, l’impatience de découvrir prime.

 

Marine:

Comment as-tu partagé tes découvertes, ces nouvelles cultures des pays visités ou du pays d’accueil avec tes enfants?

 

Catherine:

Avec du recul, c’est un petit regret. Je pense qu’on l’a pas fait assez. De façon intuitive, on l’a fait en se baladant dans le pays, en découvrant des choses, en visitant certains musées notamment les musées ethnographiques qui permettent de bien comprendre les particularités du pays. Mais cela s’est fait de façon naturelle plutôt que de façon rationnelle.
Ils n’ont peut être pas profiter au maximum ou tout retenu de l’histoire des pays dans lesquels on a vécu.

Heureusement qu’il y a des personnes comme toi, qui permettent d’y remédier avec TOUT UN PETIT MONDE!

 

Marine: 

Et par l’école?

 

Catherine:

Mes enfants ont toujours été scolarisés dans les lycées français à l’étranger. En déménageant tous les 3 ans en moyenne, ça permettait d’assurer une certaine continuité sur le plan du cursus et de l’environnement. Ce qui facilitait un peu l’adaptation et les périodes de retour en France.
Ils n’étaient donc pas immergés comme certains autres enfants qui sont dans des écoles locales.

Dans les lycées français, il y avait une forte proportion de locaux ou d’autres étrangers, l’environnement était donc international.

Marine:

Concernant la culture française et la langue, comment as-tu fait ou quelles idées pourrais-tu nous donner pour entretenir cette culture même depuis l’étranger?

Catherine:

Mon expérience

Comment maintenir le lien avec la langue ou avec la culture française? est une question qui revient souvent
Nous, on a pas eu ce problème. Nous sommes tous les deux français, il n’y a pas d’autres langues ou cultures au sein de la famille. Et nos enfants étaient scolarisés au lycée français. Donc nous n’avions pas de problème pour le maintien de la langue. Et tous les étés, je rentrais avec eux 2 mois en France. Des racines se sont donc bien construites en France.

Celles d’autres d’expatriés

Pour d’autres familles qui rentrent moins souvent, s’expatrient plus longtemps, ou sont installés dans un même pays pour une longue durée et où les enfants sont scolarisés dans une école locale ou internationale, la question se pose davantage. Et notamment lorsqu’il y a un retour en France qui se profile, les parents sont inquiets que leurs enfants aient un niveau suffisant de français et raccrocher les wagons lorsqu’ils réintègrent le cursus en France.

De nombreuses ressources en fonction de vos objectifs

Pour maintenir le lien avec la culture et la langue française, il existe plein de choses (notamment détaillé dans un article du site: ). Au niveau de la lecture, il y a des abonnements de magazines, on peut recevoir des livres. On peut trouver de nombreuses choses sur internet: des chansons, des vidéos, des sites pour travailler les programmes de français de façon ludique. Il y a aussi des cours en ligne d’enseignement à distance, spécialement conçus pour les enfants expatriés.
Cela dépend de chaque famille et de sa configuration, et de leurs objectifs.

Il existe aussi des groupes facebook spécialisés sur cette thématique là.

Marine:

La famille est un socle encore plus important en expatriation. Sur ton blog, j’avais lu un article sur les rituels familiaux (https://www.expatsparents.fr/blog/88/les-rituels-familiaux-ces-instants-si-precieux). Peux-tu m’en parler? et nous donner des exemples de ta vie en famille, où vous avez créé ses moments précieux de souvenirs?

 

Catherine:

C’est Cécile Gylbert, qui l’a écrit et parle des rituels familiaux. Ils sont d’autant plus importants pour les familles d’expatriés, qui sont soumises  à des changements permanents. Les rituels apportent une sorte de permanence, une stabilité, une sécurité, qui donnent des points de repère encore plus utiles aux enfants expatriés.
On a tous sans le vouloir des rituels: dans notre famille, on a pour tradition à noël d’ouvrir les paquets le matin du 25 en se réveillant. On a essayé de le maintenir même une année où on était parti en vacances à Bali. On n’avait pas pu emmener les cadeaux de Noël mais pleins de petits cadeaux pour faire perdurer notre rituel.
On avait aussi pour rituel de rentrer tous les étés pour voir la famille.

Il y avait aussi les rituels des déménagements: où les cartons étaient transformés en cabane, en château…

 

Marine:

Je pensais aussi aux anniversaires ou à des rituels plus réguliers. C’est prendre le temps ensemble d’une manière régulière, pour ne pas oublier et laisser passer.
Et vous quels sont vos rituels? le matin au réveil, le dimanche soir en famille?

Pour conclure, je souhaitais aborder le sujet de la « femme d’expat », du conjoint suiveur. Est-ce que tu peux nous dire comment tu as vécu ces expatriations successives? Comment tu as trouvé ta place? Aurais tu un conseil en particulier pour les femmes et mamans concernées?

 

Catherine:

L’appellation du « conjoint-dit-suiveur » est peu valorisante. C’est dans 90% des cas une femme.
Chacun fait comme il peut.

 

Considérer l’expatriation comme une richesse

Personnellement, comme nous déménagions assez souvent, je n’ai pas pu garder une carrière au sens classique du terme. Je suis psychologue de formation, j’avais travaillé 4 ans dans le milieu scolaire et 4 ans dans le recrutement. Quand on est parti, j’ai fait des choses très différentes, plus ou moins proches de ma formation. Mais elle m’était utile de toute façon. Je me suis principalement investie dans des projets associatifs, soit en étant membre actif, sans en créant quand il n’y en avait pas. Lorsque je me rendais compte qu’il me manquait quelque chose, et qui devait manquer aussi à d’autres, j’ai retroussé mes manches et essayé de le mettre en place.
J’ai créé plusieurs accueils, j’ai travaillé pour Handicap international, pour l’Unicef, …
J’ai considéré cette nouvelle vie comme une richesse, j’ai vu tout ce que cela me permettait de faire et ce que cela m’apportait et que cela apportait aux gens du pays. Plutôt que d’avoir fait un sacrifice, d’avoir perdu ma carrière, mon indépendance financière.
Ce qui est important, c’est d’arriver à s’investir dans quelque chose qui nous plaise. Certaines sont contentes d’avoir plus de temps pour s’occuper de leurs enfants, d’avoir plus de moments partagés. Pour d’autres, c’est l’occasion de se lancer dans une activité culturelle, artistique ou sportive, dans laquelle elles n’avaient pas le temps ou l’opportunité de réaliser avant. Pour d’autres, c’est l’occasion de lancer un nouveau projet professionnel voire de se reconvertir, de faire une formation à distance.
Il y en a beaucoup qui mettent en place des carrières nomades, un projet qu’elles peuvent transporter au fil des expatriations. C’est ce que j’ai fait finalement avec le projet expat parents, que j’ai imaginé à Paris et que je continue maintenant à Sarajevo.

 

Trouver un projet qui nous plaise

Ce qui est important c’est d’avoir un projet dans lequel on s’investisse, et qu’on se dise qu’on est pas à coté de la plaque, qui fait sens pour nous.
Un conseil: c’est important , de ne pas seulement installer et faire le bonheur de la famille, mais il faut aussi penser à soi.
Comme dans un avion, la consigne de sécurité en cas de dépressurisation, il faut d’abord mettre son propre masque d’oxygène avant d’aider les personnes autour de nous.
Effectivement, si on est soi-même pas en forme, on ne va pas pouvoir être de grand secours pour nos enfants ou notre entourage. En se précipitant pour que tout le monde aille bien, on s’oublie soi-même. Il faut être vigilant.

Et il y a de nombreux projets comme le tien , qui apparaissent, que je vois avec émerveillement arriver et proposer des ressources géniales pour des familles expatriées.! Maintenant il y a beaucoup de ressources.

 

Marine:

En effet, maintenant les kits TOUT UN PETIT MONDE sont disponibles en ligne sur http://toutunpetitmonde.com/abonnements !!

Merci Catherine pour cet échange très riche.

 

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